Journées du Patrimoine

« Viéville : Des Pas d’Antan aux Pierres de Saint-Martin 

Par Caroline NICAISE - 20 septembre 2026


"Ce récit présente l'histoire du village de l'Antiquité jusqu'au 19ème siècle. Il y a bien longtemps, au cours du premier millénaire avant notre ère, les forêts de ce qui allait devenir la Haute-Marne bruissaient du pas des guerriers et des colons celtes.


L'Antiquité - Le noeud stratégique lingon

Parmi ces tribus venues du Nord, il y a les Lingons, dont le nom celte évoquait les guerriers bondissants en raison de leur agilité au combat.

Ce peuple voulait rejoindre la capitale de leur territoire, qui couvre les actuelles Haute-Marne, Côte d'or, Aube et Yonne. Cette capitale "Andemadunnum" est plus connue sous le nom actuel de Langres et commande l'un des noeuds de communication les plus stratégiques de toute la Gaule impériale.

Mené par des chefs clairvoyants et des druides, un clan était à la recherche d'un point de repos sur les chemins entre le Nord et leur capitale.

En suivant le cours des rivières, les éclaireurs découvrirent un plateau idéalement situé, légèrement surélevé, qui offrait une vue imprenable sur les boucles de la Marne et les vallons environnants. Ce lieu présentait tous les atouts nécessaires à la survie et à la prospérité d'une communauté gauloise.

Les sols y étaient propices à la culture des céréales, l'eau douce coulait à profusion grâce aux sources locales et la forêt regorgeait de gibiers et de bois pour bâtir de futurs bâtiments. 

Les druides remerçiaient la nature et toutes leurs divinités par des cérémonies et on peut supposer qu'un certain lieu entouré de roches et de mousse garde des secrets de rituels magiques ou de diverses potions.

Dolmen

On imagine que les lingons restés ici développèrent un savoir faire remarquable dans l'artisanat du fer et de l'agriculture. Un bâtiment aujourd'hui disparu mais dont les traces subsistent par vue aérienne est une grange de stockage pour le grain et témoigne de la vie sur la commune. Cette grange dressée aurait pu être un lieu d'échange dynamique, idéalement placé au carrefour de pistes protohistoriques majeures comme la Voie de la Blaise (Langres-Reims) ou la Voie de la Vallée de la Marne (Lyon-Trèves). 

Le lieu que nous connaissons sous le nom de "Roche-Bernard" a été un lieu très sacré pour eux. Etant en hauteur, pour mieux se rapprocher de leurs dieux, certains amateurs historiens pensent y avoir découvert les traces de tumulus. Mais qu'est ce qu'on tumulus ? C'est une tombe, une grande butte de terre ou de pierre, ronde ou sont enterrés les morts.

Ce promontoire rocheux et sa petite grotte constituaient un repère naturel. Le plateau était alors quadrillé par des diverticula (chemins secondaires) reliant les carrières de pierre et les fermes de la vallée aux grandes voies romaines.

La vie s'écoule tranquillement et la neutralité du peuple en refusant d'envoyer des troupes à Alesia face à Jules César protège les habitants de la guerre des foules.


Le Moyen-âge et l'Ancien Régime - Le fief des tutelles seigneuriales.

L'an 476 arrive. La chute de l'empire romain symbolise le passage de l'antiquité au Moyen-âge. Ainsi continue la vie jusqu'à l'avènement des chateaux-forts, des seigneurs et des chevaliers.

Nous arrivons au 12ème siècle. La seigneurie locale dépend d'abord de la prestigieuse Maison de Vignory. Le domaine antique se structure en une communauté villageoise solide. Plusieurs familles cultivent la terre et participent à l'économie de cette châtellerie très active en tant que paysans mais également en tant que serfs. Mais qu'est-ce qu'un serf ? C'est une personne qui n'a pas de liberté. Il appartient à un seigneur et est attaché à ses terres.

C'est aussi à cette période que l'on commence à entendre le nom de Vetus Villa, le vieux domaine, le vieux village.

Au 15ème siècle, au sortir de la guerre de Cent Ans, la seigneurie passe aux mains de l'une des plus illustres familles de la noblesse française : la Maison de Choiseul, originaire du Bassigny permettant d'apporter une relative stabilité et réorganisant les droits seigneuriaux avant d'être rattachée à la baronnie de Sexfontaines ancrant définitivement le village dans le giron des grandes puissances militaires du bailliage de Chaumont.

La vie à cette époque est profondément marquée par les obligations féodales. Chaque année, les habitants devaient s'acquitter des corvées (journées de travail gratuites) dues au seigneur pour entretenir les routes ou cultiver la réserve ségneuriale. Au moment des récoltes, on voyait arriver le collecteur pour prélever la dime (1/6ème de leur production pour l'église) et le champart pour le seigneur.

Pour cuire le pain, ils n'avaient pas le choix que d'utiliser le four du seigneur et devait également y payer une taxe (souvent un pain cuit). La vie y est rude.

Le printemps impose le retour des labours pénibles. L'été, la moisson à la faucille. L'automne est le temps de vendanges sur les côteaux (actuellement le lotissement du haut du village) et l'hiver, les habitants devaient faire face aux rigueurs de la météo froide, à la famine si les récoltes n'étaient pas suffisantes. La maladie emportait les plus faibles. 

Malgré ces terribles épreuves et cette pauvreté, i y régnait une solidarité communautaire dans la foie. Les jours de fêtes religieuses offraient de rares mais précieux moments de repos et de liesse. Tous se retrouvaient à l'église mais attention, celle-ci ne se trouvait pas où elle est de nos jours. Son accès y était difficile l'hiver et sa construction était primitive.


Le sanctuaire médiéval primitif, excentré, est abandonné au profit d'une église entièrement reconstruite au cœur du village au 18ème siècle. Son plan allongé et son clocher-porche en façade structurent aujourd'hui encore la silhouette de Viéville. Le diocèse a accordé la reconstruction d'une nouvelle église mais à la condition que les habitants financent le choeur de l'église.

L'Église Saint-Martin (1762-1766)

L'intérieur de l'Église Saint-Martin de Viéville abrite de précieux trésors préservés au titre des Monuments Historiques :
  • Le Retable du Maître-Autel : Un grand ensemble en bois sculpté encadrant une toile dédiée à Saint Martin, affirmant le renouveau spirituel du lieu.
  • La Chaire à prêcher (XVIIIe siècle) : Une œuvre d'ébénisterie en chêne massif suspendue au-dessus des fidèles, témoignant du savoir-faire des artisans locaux.
  • Les Fonts Baptismaux : Une cuve de pierre calcaire sculptée, dont les motifs godronnés rappellent la maîtrise technique des carriers qui, à la même époque, rebâtissaient les façades des plus riches fermes du haut du village.



Un pôle ecclésiastique d'envergure

Fait marquant de l'histoire locale : la vie spirituelle de la contrée s'est longtemps concentrée à Viéville. Bien avant le 17ème siècle, le village est doté d'un très grand presbytère. Cette structure imposante ne servait pas uniquement au village : elle constituait la résidence principale des archiprêtres et des curés qui rayonnaient et desservaient plusieurs paroisses et succursales des villages environnants. Viéville était le phare spirituel de cette portion de la vallée.





À la veille de la Révolution Française, Viéville a trouvé son équilibre. Le village-rue est désormais solidement bâti en pierre, protecteur face aux incendies, fier de son église centrale et fort de ses riches terres agricoles et de ses coteaux qui, déjà, commençaient à se couvrir de vignes. Le grand livre du XIXe siècle et de ses révolutions industrielles pouvait désormais s'ouvrir...


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